Le rêve d'une chose

L'ASSOCIATION DE SAUVEGARDE ET DE DÉVELOPPEMENT DES HARDINES , HAM

LA SOCIÉTÉ D’HORTICULTURE ET DE JARDINS OUVRIERS DE PÉRONNE

 

 

« Quelque chose qui est entre la terre habitée poétiquement dont un jour, dans un poème, Hölderlin vit s’ouvrir la certitude et ce « rêve d’une chose » dont Pasolini fit le titre d’un livre - rêve qui, par-delà celui, imprécis et peut-être fragile, de jeunes gens du Frioul partant sur les routes, désigne si on veut bien l’entendre, tout ce qui, du sein d’une époque, cherche à s’arracher à la pesanteur ou à la répétition. » (Jean-Christophe Bailly Dépaysement. Voyages en France, aux éditions seuil)

 

Les Hardines de Ham et de Péronne étaient à l’origine exploités par les hardiniers, maraîchers qui vivaient de leur production. Puis ils sont, pour la plupart, devenus des jardins ouvriers.

Nous avons exploré les dédales de parcelles (ceux de Ham s'étendent sur trente deux hectares) au hasard des rencontres.

Nous y avons croisé, des jeunes et des vieux, des enfants, des amateurs, des passionnés, un maraîcher bio … et même Joumana, Oussama, et leur six enfants tout juste arrivés de Syrie, qu'ils ont fui à cause de la Guerre.

Le film est composé d'une série de portraits.

Chacun y raconte sa parcelle. Les plantes, les graines venues parfois de très loin, les gestes et les terrains souvent habités par le souvenir de quelque ancêtre, les traces d'une époque où les maraîchers occupaient les lieux où les cheminées d'usines fumaient encore ...  « Un monde ouvert sur des mondes » (Gilles Clément).

Chacun s'approprie son terrain à sa manière parfois le jardin tient plus de la friche que du manuel de jardinage. Souvent les parcelles sont agrémentées d'une balançoire pour les enfants, d'une cabane - construite à partir de matériaux de récupération - où l'on se retrouve pour boire le café, une table bricolée pour manger dehors à l'arrivée des beaux jours ...

Une terre découpée en parcelles successives, par des taules ondulées;  de simples fils plus ou moins tendus ; du bois usé, parfois au bord de la rupture ; ou encore à Ham par des ruisseaux, qui donnent aux parcelles une allure d’îles ou de radeaux.

Ruisseaux qu'il faut entretenir pour éviter les inondations qui submergeraient cultures et histoires.

 

Au fur et à mesure du film le tissu de toutes les parcelles forme le jardin.

Nous y découvrons un ensemble de pratiques que cette forme d’association entraîne : semences ou plants qui naviguent d’un bord a l’autre, secrets, recettes et même effets de mode qui se propagent en ricochant.

 

De cette vie, les jardins sont le replis et la preuve : quelque chose de chantonné, de murmuré.

 

Le tournage a été réalisé sur une longue période, s'y déroule les saisons.

Nous avons apporté un soin très particulier à la lumière qui y est à la fois présence et événement. Nous avons également tenté de filmer « le climat » : neige, pluie, pollen qui vole, vent qui agite les végétaux ou l'eau. Des bruissement, des frissons, des agitations. Les aléas du temps.